Qui n’a jamais rêvé de se garer devant un hypermarché ? Quand je dis « devant », je ne parle pas d’une place quelconque, mais de celle qui est si convoitée par l’automobiliste spécialiste du manège sur parking, hésitant mille fois entre la place à l’ombre et celle à côté des caddies. Je vous parle ici du Saint Graal des places, celle qui vous permet d’éviter de porter vos gros achats sur trente mètres ou de pousser votre chariot asymétrique des roues qui vous fait divaguer à l’opposé de votre allée, vous obligeant à utiliser toute votre force ou à pousser ce maudit engin sur son flanc gauche : pathétique image du consommateur perdant sa dignité face à un adversaire technologique plus fort que lui et une pente tueuse. Oui, ces fameuses places le plus souvent vides dédiées à nos amis les handicapés.
Pour ma part, je n’ai pas d’ami handicapé, et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, mon appartement n’est pas adapté, alors comment invité un camarade à roulette ? Impossible donc d’entretenir une relation amicale digne de ce nom quand on ne peut recevoir. Deuxièmement, j’ai toujours eu peur des locodéficients, et cela depuis tout petit. Sans doute les restes d’une éducation aseptisée et bourgeoise ne me faisant côtoyer que de sympathiques personnes cravatées, chemisées et pouvant se déplacer sans roues, mis à part au volant de leur Mercedes. Je n’ai pas honte de le dire, le t-shirté incapable de se lever de son siège pour saluer me choque. Bon, je sais bien qu’il n’a pas le choix, qu’il a sans doute une bonne raison pour finir sa vie dans un fauteuil, les fesses bien calées, le dos bien droit, et travaillant chaque jour les muscles de ses bras alors que je n’ai moi-même pas le temps d’aller à la salle de sport. D’autres ont aussi d’excellentes excuses pour n’avoir qu’à pousser une simple manette afin de faire avancer leur carrosse robotisé à mort, ne leur ayant même pas coûté un bras, la vie ayant apparemment été injuste avec eux. Au passage, mon petit neveu de 13 ans utilise aussi une manette à longueur de journée, mais il ne fait pas l’aumône pour qu’on aille lui chercher un soda dans le frigo !
Troisièmement, je n’aurai jamais d’ami handicapé après cette chronique, mais j’avoue que cela m’arrange totalement si tel est le cas. En effet, ces assistés pourraient peut-être travailler un peu leur second degré au lieu de ne penser qu’à leur troisième jambe encore valide !
Bref, revenons à ces fameuses places si souvent inoccupées et regardons-les bien en face. Il n’y a aucun doute possible, le symbole est rentré dans les mœurs comme papa dans maman ou le monsieur des toilettes (celui qui se tient tout droit pour vous signifier que vous êtes devant la porte des urinoirs pour mâles imprécis de la goutte). Cet homme assis, les jambes détendues, les bras horizontaux, sur un 2/3 de cercle ressemblant à un C qui regarderait vers le haut, censé représenter une roue. Un logo simple, précis, absolument pas équivoque, normalement… mais avec un œil cherchant la petite bête, on pourrait y voir :
- Un gamin sautant sur une grosse boule en plastique mou,
- Un vieux presbyte dans son rocking-chair qui tend les bras pour lire son livre,
- Une tête de joueur de football américain à l’envers (si si, essayez, c’est saisissant !).
De plus, ne voyez-vous pas l’offense faite à nos rouleurs de peine ? Comment cette roue peut-elle tourner ? Elle semble entièrement solidaire du passager, l’obligeant à faire des looping à chaque tour. Bon d’accord, ça serait marrant à voir, mais quand même, un peu de retenue, il y a des enfants qui risquent de les regarder !!
Venons-en maintenant à l’origine de mon malaise : pourquoi ces handicapés doivent-ils être garés plus près du magasin que les valides ? La réponse de leur défenseur est claire et sans appel : « Ils doivent faire le moins de chemin possible, on doit leur faciliter la vie ». Diantre ! Quelle idée bizarre !! Sous prétexte que monsieur à souffert, qu’il a perdu l’usage d’un membre, ou même de deux, voir de tout le corps, il doit faire moins de chemin que l’ouvrier terrassé par sa journée de travail et qui aurait bien envie de faire ses courses assez rapidement pour retrouver sa petite famille de sous-développés mais tout de même affectueuse et reconnaissante ? De plus, le caddie n’a-t-il pas été inventé pour permettre de charger des éléments qui ne peuvent se déplacer seuls, trop lourds ou encombrants ? Les enfants y ont leur place, ça les évite de marcher, ces chialeurs incontinents incapable de faire deux cent mètres sans demander à papa de les porter, alors pourquoi ne pas y placer notre déficient des guiboles ? Il serait, j’en suis sûr, ravi de voir le monde de plus haut, bien qu’en cage, et pourrait ranger convenablement le contenu du chariot tout autour de lui !
Les hommes ne naissent-ils pas libre et égaux en droit ? Alors moi aussi, j’ai le droit de mettre ma voiture sur une place pour handicapé, surtout quand le parking est plein ou que je n’ai que peu de choses à acheter rapidement, entre deux moments superficiels de ma vie, et c’est ce que j’ai fait.
Résultat : 135 euros d’amende… alors à tous les poulets handicapés du cerveau qui cherchent à faire du chiffre, vous avez intérêt à marcher sur les passages cloutés, sinon le fauteuil sera pour vous !

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